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Chaire HENRI JANNE 2019 - Conférence inaugurale « Capital culturel et sociétés de classes »


Chaire HENRI JANNE 2018-2019 sur le thème « Capital culturel, inégalités et classes sociales »

Conférencier invité et titulaire de la chaire 2019: Philippe Coulangeon, Observatoire sociologique du Changement – Sciences Po/CNRS, Paris

Alors que la disparité des conditions de vie et de niveaux de richesse s’est notablement accrue depuis la fin du siècle dernier, à des degrés variables selon les contextes nationaux, elle semble parfois aux yeux de certains observateurs ne plus être aussi clairement articulée que par le passé autour d’un antagonisme de classes dont les manifestations symboliques dans l’ordre de la politique, de la culture et des styles de vie, se seraient par ailleurs sensiblement atténuées. Il serait ainsi devenu plus difficile d’identifier des cultures de classes unifiées et cohérentes. Ce cours développe à ce sujet un point de vue un peu différent, en s’attachant à montrer la pertinence de la lecture « classiste » des inégalités et à explorer les recompositions de sa composante culturelle. Il discute les apports théoriques relatifs à ces questions en s’appuyant sur un certain nombre de recherches empiriques en cours qui seront présentées au fil des séances.

Conférence inaugurale : « Capital culturel et sociétés de classes »

La conférence inaugurale aura lieu le vendredi 1er mars 2019 de 17h à 19h
à l’Auditoire H.1.309
(ULB - avenue F. Roosevelt 50, 1050 Bruxelles, Campus du Solbosch, bâtiment H, 1e étage, auditoire 309)
Entrée libre

Résumé: Il y a différentes manières d’envisager la question des inégalités sociales, qui prennent très diversement en considération leur dimension culturelle. L’approche des inégalités en termes de stratification sociale envisage la société comme un système de positions auxquelles sont attachées un accès inégal à des ressources (économiques, sociales, culturelles) qui conditionnent les opportunités offertes aux personnes. Cette approche, qui s’accorde assez bien à la lecture économique des inégalités, appréhende principalement la culture comme un ensemble de compétences, d’aptitudes et de savoir-faire, c’est-à-dire comme un capital humain (Gary Becker). L’approche marxiste des classes sociales envisage davantage la culture comme une ressource d’exploitation ou de résistance à l’exploitation dans les rapports de classes. L’approche wébérienne des classes envisage plutôt la culture comme un marqueur de statut, qui contribue à la construction des frontières entre les groupes sociaux. Plus récemment, les sciences sociales ont abondamment usé du concept de « capital culturel ». Très lié à la sociologie de Bourdieu, ce concept fait l’objet d’usages assez hétérogènes que nous aborderons dans cette séance inaugurale. Les usages « faibles » - les plus courants – du concept assimilent les ressources culturelles à un capital dans la mesure où elles peuvent faire l’objet d’accumulation, de transmission (dans le cadre familial, notamment) et de conversion (en positions sociales ou professionnelles et en ressources économiques, en particulier). Ses usages « forts », qui correspondent plus spécifiquement à la définition qui en est donnée par Bourdieu et Passeron, impliquent la notion d’arbitraire culturel et s’inscrivent explicitement dans une sociologie de la domination symbolique.

Les leçons suivantes :

« Les contradictions culturelles de l’expansion scolaire » - le vendredi 29 mars 2019 de 10h à 12h à l’auditoire UB.4.228 et de 14h à 17h à l’auditoire H.3.244

Cette deuxième séance sera consacrée à l’analyse des conséquences sociales et culturelles du mouvement d’expansion scolaire qu’ont connu, à des degrés variables, un très grand nombre de sociétés contemporaines, dans le monde occidental et au-delà, au cours du 20ème siècle. On s’attachera en particulier aux conséquences de cette expansion sur le rôle joué par le capital culturel transmis dans le cadre familial et la manière dont l’institution scolaire se saisit de ces enjeux, à travers le développement d’enseignements spécifiquement orientés vers l’éducation artistique et culturelle.

« Les transformations de la norme de légitimité culturelle » - le vendredi 26 avril 2019 de 10h à 12h à UB.4.228 et de 14h à 17h à l’auditoire H.3.244

Cette troisième séance abordera les transformations de la norme de légitimité culturelle autour de laquelle s’ordonnent les rapports symboliques entre les groupes sociaux. Ces transformations se manifestent notamment par un certain éclectisme des goûts est des pratiques observées dans les milieux les mieux dotés en ressources culturelles de tous ordres, qui s’affranchit en partie de la frontière traditionnelle entre culture savante et culture populaire, culture d’élite et culture de masse. Elles s’inscrivent dans un mouvement plus général de valorisation du cosmopolitisme et de la diversité culturelle, dans un contexte de globalisation où l’accès aux opportunités de la vie sociale et professionnelle apparaît lié à la maîtrise de ressources culturelles allochtones, à tout le moins certaines d’entre elles (maîtrise de certaines langues étrangères, en particulier).

Toutes les leçons se dérouleront sur le campus du Solbosch de l’ULB

Renseignement : philoscsoc.ulb.be